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Administration publique, décideurs politiques et transformation écologique

En France, l’administration publique représente un bloc d’émissions de GES très significatif. Le service public couvre un champ immense de missions essentielles à l’équilibre de notre société (sécurité, santé, enseignement, soin, distribution d’eau, d’énergie…).

Ainsi, la décarbonation du secteur est l’affaire de tous et peut lancer une vraie dynamique générale (principe d’exemplarité).

Éléments de décor

L’administration publique c’est :

  • 20% de l’emploi en France
  • 30% du parc immobilier tertiaire
  • 2/3 des repas servis en restauration collective (1)

Tous les citoyens et acteurs économiques sont en contact avec elle, ce qui lui confère un énorme potentiel d’influence. Dans le cadre de mes activités associatives bénévoles avec “Les Shifters”(2), j’ai passé 2 ans à essayer de rencontrer et sensibiliser des élus locaux (maire, député, conseiller départemental…), avec comme sujet la problématique “énergie-climat” (je me permets de rappeler que le sujet du climat est maintenant présent quasi-quotidiennement dans la plupart des médias).

Bilan de l’expérience : je constate qu’il est souvent plus simple d’accrocher un groupe de voisins, l’équipe de direction de la PME du coin, une association culturelle, autour d’une Fresque du Climat par exemple…

Les freins

Parmi les éléments de réponse expliquant peut-être la lente prise en main de ces sujets :

      • Le rythme de l’agenda politique ;
      • Le poids des vieux dogmes partisans ;
      • Les sujets sont techniques, donc faisant référence à des connaissances très spécifiques ;
      • Les sujets ne sont pas forcément vus comme prioritaires, en comparaison avec le pouvoir d’achat, le logement, la sécurité … (les élus, en tant que représentants du peuple, ont tendance à hiérarchiser les problèmes en partant des sondages d’opinion).

Les élus, comme les économistes, doivent participer à l’amélioration des conditions de vie de l’ensemble de la population (en théorie en tous cas).

Pour ce faire il doivent donc anticiper les problèmes pour s’adapter au mieux aux changements et aux éventuels chocs (à l’image d’une station de montagne comme Métabief, qui n’a pas attendu qu’il n’y ait plus du tout de neige pour annoncer l’abandon, d’ici 10 ans, de l’activité “ski”, et pour repenser un modèle économique durable (pour en savoir plus, article france3).

Mais malheureusement, la plupart des élus sont dans une temporalité différente.

Faire de lourds investissements dont les impacts positifs ne seront peut-être visibles que dans 30, 40 ans, effectivement, c’est moins séduisant que financer une salle de spectacle “tape à l’œil”, une piscine municipale… ou quoi que ce soit qui permettra d’avoir été vu rapidement comme un élu dynamique et proche des gens.
La durée des mandats et la professionnalisation de la politique poussent à réfléchir à court terme.

Et c’est là toute la difficulté : accepter de faire d’énormes efforts, dont les résultats ne sont pas forcément visibles immédiatement, mais qui participent à inverser la tendance et préparer un monde différent, mais adapté, pour les générations futures.

Par ailleurs, certains élus gèrent encore leur collectivité comme de “bons pères de famille”. L’argument de la “gestion saine”, sous-entendu sans dettes à la fin du mandat, suffit parfois à se faire réélire, quand bien même rien n’a été réalisé pendant le mandat…

Autre sujet, et pas des moindres : les dogmes partisans et la concurrence politicienne.

La plupart des élus se contraignent au cadre établi par le parti qu’ils représentent (même chez ceux qui se disent apartisan on retrouve parfois les mêmes travers, simplement associés à l’environnement dans lequel ils ont grandi).
Parmi les dogmes classiques : “Pas d’économie viable sans croissance du PIB”, “Pas d’écologie avec du nucléaire”, “Les aides sociales, ça n’incite pas les gens à travailler” …

Le monde qui se dessine doit au contraire nous pousser à remettre tout ça en question. L’exemple des sujets économiques est, à mon sens, un des plus parlants.

L’économie n’est basée que sur des conventions, lesquelles, par définition, peuvent être changées à n’importe quel moment.

Alors comment expliquer que des responsables politiques continuent d’affirmer que le “autrement est impossible” ?

A contrario, les sciences dures nous rappellent qu’il existe des limites biophysiques indépassables (sans conséquences très douloureuses), et cela n’empêche pas la majorité de nos responsables de croire mordicus que la croissance continue du PIB est une bonne chose (prenez le temps de regarder ce que “+2% / an” implique en termes de besoins énergétiques et de ressources, et vous aurez vite compris).

Le PIB ne dit pas tout de la santé d’un pays (je prends toujours l’exemple des Etats-Unis, où le PIB grimpe au moment où les inégalités sociales explosent et l’espérance de vie diminue).

Du coup, on fait quoi ?

La priorité ne serait-elle pas simplement de rendre obligatoire une formation de base (climat, énergie, biodiversité), pour tous les élus et fonctionnaires de notre pays (c’est, depuis longtemps, une proposition de l’équipe du Shift Project) ?

L’accès aux postes en question ne mériterait-il pas un diplôme qualifiant sur ces sujets ?

Le principe de bataille partisane ne va-t-il pas à l’encontre d’un vrai positionnement “pour l’intérêt général” (à la différence des conférences citoyennes, par exemple) ?

Les enjeux environnementaux devraient pousser la majorité de nos représentants à développer le principe de la collaboration (personne ne peut être spécialiste en tout).
Et croire, en 2023, que la pensée en “silo” et l’opposition systématique au camp adverse, peut permettre d’aller dans la bonne direction, c’est déjà passer à côté de l’essentiel.

Tous les sujets sont liés, interdépendants, et ne pas les étudier de manière systémique, c’est déjà le meilleur moyen de se tromper.

Sources

(1) “Le plan de transformation de l’économie française” -Odile Jacob

(2)  Les shifters : association de bénévoles qui participent, entre autres,  à diffuser les travaux du Think Tank “The Shift project

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